"Vous nous incitez à parrainer un élève. Nous avons envie de vous suivre mais comment pouvez-vous nous assurer que tout ce que vous nous racontez est vrai?". Cette question nous a été posée maintes fois. A chaque fois nous avons répondu par ce défi. "Chaque année, vous recevrez une photo et un bulletin scolaire. Vous ne parrainerez pas un fantôme. La dotation de sa  scolarité lui sera remise directement par nous-mêmes."

 

filleuls 1Globalement nous tenons rigoureusement notre parole. Dans les premiers  temps, c'était assez facile car notre groupe de filleuls était restreint, il a commencé par 12 élèves en 2002, effectif qui doublait dès l'année  suivante... pour se stabiliser sur le chiffre d'environ 260 avec 210 parrains. La gestion des finances et du suivi scolaire est très sérieuse,  mais ce n'est pas sans difficulté en ce qui concerne les bulletins; cela relève parfois de l'exploit.

Malgré nos demandes réitérées notamment lors de la fête des parrainages, les filleuls n'ont pas compris l'importance de notre démarche qui n'est pas  fondée uniquement sur notre volonté d'établir notre probité. Ils oublient  tout simplement de remettre le relevé de notes à l'enseignant-référent de ABB. En outre, la fin de l'année scolaire coïncide avec les grands travaux des champs qui vont accaparer nos filleuls et les couper du monde de l'école. Et puis, autre problème à surmonter, surtout dans les villages,  c'est la forte rotation des instituteurs de sorte que les nouveaux n'ont pas le temps de prendre le réflexe de servir de courroies de transmission.

Cette année, autre complication. Des professeurs vacataires ont fait la grève des bulletins de fin d'année car ils n'ont pas été payés depuis, janvier! Un moyen de pression dont nous ne discuterons pas, mais qui crée un grand vide.

 La difficulté se répercute concrètement pour les responsables du listing pour établir le budget des parrainages avant le départ de la mission. Le temps joue contre ABB. Et puis il faut aussi parler des répercussions affectives dont Alliance Burkina Bray est consciente. Les parrains et marraines sont en effet impatients  de recevoir ce courrier, car ils sont  très attentifs au parcours de leurs filleuls. Ils se sentent très concernés par leurs progrès qui leur donnent l'impression d'avoir été utile, de jouer un rôle de levier dans la vie d'un élève qu'ils ne rencontreront sans doute  jamais. Sachez que certains adhérents soutiennent financièrement et moralement leurs filleuls depuis plus d'une douzaine d'années. La réussite de leur filleul (e) fait leur fierté. Et des réussites il y en a beaucoup.

Voici quelques exemples. Celui-ci est devenu instituteur et a obtenu 100% de  réussite au certificat d'études de sa première promotion, celle-ci est professeur d'anglais en collège, ces autres-là sont ingénieur-physicien, inspecteur des impôts, futurs médecins (l'un termine sa 6ème année et commence son internat), celui-ci sera prochainement un juriste spécialisé dans le droit de l'Enfant, cet autre mathématicien…ingénieur en génie civil…

Mais pour beaucoup les études n'auront pas été couronnées par un examen, pour toutes sortes de raisons notamment parce que leur vie quotidienne est un véritable parcours d'obstacles... la distance à parcourir à pied chaque jour... la malnutrition notamment au moment de la soudure (à partir du mois d'avril)... l'absence d'encadrement familial car les parents sont à 80%  analphabètes... les mariages précoces restent toujours d'actualité... les grossesses sont très nombreuses à partir de la 4ème. Beaucoup de jeunes  filles reprennent ensuite tant bien que mal leur scolarité l'année suivante, poussées par l'envie d'avoir le brevet, sorte de sésame pour trouver un vrai travail. A noter le rôle important des grands-mères qui viennent aux abords du collège ou du lycée avec les bébés qui seront allaités par leurs mamans pendant les interclasses. Quant au bac, c'est pire, car la sélection est très serrée faute de places à l'Université. 2017 fait partie des années noires...

 

Une étape décisive entre le primaire et la 6ème

filleuls 2Comme chaque année, c'est une longue attente qui marque la diffusion de la liste des élèves passant en classe de 6ème. Leur admission repose sur deux critères, la réussite au certificat d'études et à un examen, tel qu'il y en avait un en France autrefois. Les élèves qui n'ont pas eu la moyenne mais au moins 8/20 peuvent être repêchés lors d'un test fin août... Il faut donc attendre ce verdict vers la mi-septembre pour inscrire l'enfant dans un collège (pas forcément dans le département de Sabcé) pour la rentrée qui se fait le 1er octobre.

 C'est bien tard mais les responsables qui réactualisent systématiquement une  liste alphabétique de plus de 260 noms avec les indications de classes, de  village, d'établissement ne se laissent pas abattre. Sur place l'équipe d'ABB cherchera des réponses aux interrogations que comporte ce listing. Et  c'est là que joue l'expérience pour gagner en exactitude. Toutefois certains points resteront en suspens, car des noms d’élèves  (surtout des filles) disparaissent de nos listes et il est bien difficile de retrouver leur trace...

La seule consolation est de savoir que ces filleuls auront bénéficié d'une scolarité plus longue qu'ils n'en auraient une s'ils n'avaient pas été parrainés. On peut à juste titre penser que devenus à leur tour parents ils seront les premiers à envoyer leurs enfants à l'école et aussi, ce qui est très appréciable, ils pourront les aider sur le chemin du savoir car ils parlent le français, l'écrivent, le lisent.

Pour conclure, soulignons notre fierté, celle de participer à une révolution  culturelle en profondeur et qui ne fera que s'amplifier.